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REPORTAGE – PERMACULTURE DESIGN

C’est dimanche et on a un bol fou, le soleil est au rendez-vous et l’air est doux sur la route de Bussière-Galant. C’est là, au beau milieu de la campagne limousine toute de vert vêtue, que se sont installés Benjamin et Aurélie, les créateurs de Permaculture Design, bureau d’études en permaculture et entreprise régénératrice.

Ils nous accueillent dans leur ferme expérimentale, un lieu magnifique où les parcelles s’entremêlent et vivent en harmonie, du potager permaculturel au jardin forestier en passant par leur maison complètement repensée en éco-construction. C’est dans ce petit univers apaisant et apaisé qu’ils vivent et expérimentent leur métier au quotidien.

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« Ce lieu a une âme, on en est tombés amoureux au premier coup d’oeil. » Aurélie

Après s’être formés en Australie auprès des fondateurs de la permaculture, Benjamin et Aurélie reviennent en France avec l’envie profonde de transmettre leur volonté de changement et de montrer la permaculture sous un jour nouveau, capable de s’appliquer dans des domaines aussi variés que le jardin, la société et l’entrepreneuriat.

Dans cette optique, ils choisissent de fonder avec Christophe Curci, architecte bioclimaticien, un bureau d’études en permaculture pour « transformer des lieux de toutes surfaces en écosystèmes nourriciers, ultra productifs, diversifiés et régénérant la vie sous toutes ses formes ». Leur équipe, composée d’un noyau permanent de 3 personnes et d’un réseau bénéficiant de multiples compétences spécialisées, les épaulent sur des projets agricoles, environnementaux, touristiques et même entrepreneuriaux.

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C’est un plaisir de les interviewer dans leur jardin et d’échanger sur ces sujets qui nous tiennent tant à coeur en profitant de la chaleur de ce premier soleil printanier. Après avoir filmé les vidéos, Benjamin et Aurélie nous emmènent faire le tour de leur lieu de vie et de travail avec moultes explications techniques et anecdotes qui nous ravissent.

LE DESIGN, AUX ORIGINES DE LA PERMACULTURE

Au détour d’une parcelle d’aromates, on découvre l’importance du design en permaculture, aussi bien pour faciliter le quotidien du permaculteur que pour valoriser les flux énergétiques. Ainsi, Benjamin nous explique qu’ils ont rassemblé tout autour de la maison les éléments qui nécessitent le plus de visites : l’atelier, le bûcher, le garde-manger et les parterres aromatiques proches de la cuisine.

Pour ce qui est de la valorisation des énergies, leur méthode est simple et bien pensée : chaque flux utilisé est valorisé pour produire de nouvelles récoltes. Un exemple concret : l’eau du lave-légumes. « Une fois utilisée, l’eau est redirigée dans une machine à compost où elle se mêle à des matières organiques et des déchets de taille pour former un bouillon de culture qui va former un compost. ».

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Sur le même principe énergétique, la maison est pourvue de panneaux solaires thermiques pour produire de l’eau chaude, les toitures des différents modules de la ferme sont végétalisées et le tout est chauffé à l’aide de Rocket Stoves fabriqués par Benjamin, un système de chauffage qui permet d’utiliser au mieux les calories des bûches.

Plus on découvre ce lieu, plus on prend conscience que si tu aides la Nature, la Nature t’aidera. Et que c’est aussi simple que ça. Pour Benjamin et Aurélie, leur gestion du vent est l’illustration parfaite de cette idée. « Quand on s’est installés ici, le lieu était très dégradé par l’érosion et peu de choses poussaient à cause du vent. Il a donc fallu qu’on mette en place des solutions pour pallier ce problème. Et on a pensé au genêt. Ici, c’est considéré comme un nuisible et pourtant, ça pousse très vite, c’est dense, présent été comme hiver et ça brise le vent à merveille. ».

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En redonnant une part de leur terrain à la Nature, elle les a aidés à créer un écosystème nourricier.  Et c’est le même topo pour les poules ! Aurélie les appelle « les filles », elles ont la plume brillante et l’oeil vif ! Le poulailler s’étend sur plus d’une centaine de mètres carrés et se divise en deux modules.

En haut, celui des poules pondeuses, qui pâturent sur leur grande parcelle et s’en vont pondre au poulailler. En bas, celui des poulets de chair. Eux sont amenés dans un premier module dont ils vont gratter et fertiliser la terre. Quand le module est prêt, les poulets passent dans un deuxième module et le premier est libre pour y mettre des cultures ! Et ainsi de suite sur 6 modules de plus en plus grands pour suivre la croissance des poulets. Encore une fois, Benjamin et Aurélie nous montre qu’il est possible de créer des systèmes qui permettent d’économiser de l’énergie avec l’aide de la Nature.

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UN JARDIN MODULAIRE ET NOURRICIER

En dessous du poulailler, il y a le grand potager permaculturel. Il a été conçu dans un esprit « cueilleur » pour que la Nature sauvage y soit préservée le plus possible. Ainsi, Benjamin et Aurélie « encourage les plantes sauvages à s’installer car on en mange beaucoup. À travers elles, la Nature nous prodigue de la nourriture gratuitement et sans dépenser d’énergie. ». Au détour des buttes, on rencontre donc de l’ortie, du plantain, de l’ail des ours, du pissenlit, de l’achillée millefeuille… Plus d’une trentaine de plantes sauvages à consommer en salade, en soupe et même en poêlée !

Et on continue à aller de découvertes en surprises ! Hé oui, le transfert de fertilité, parlons-en. Comment fait-on pour apporter de la fertilité à un potager sans faire 30 bornes pour aller la chercher chez Truffaut et sans se casser le dos à porter des sacs lourds comme un âne sur toute la longueur du potager ? Hé bien, la réponse est dans le design permaculturel.

Benjamin et Aurélie ont ainsi conçu leur potager sur un principe simple. Les plate-bandes de cultures sont au centre. De chaque côté des plate-bandes, on trouve une parcelle plus petite dédiée à cultiver de la fertilité, c’est-à-dire des végétaux comme la consoude et la grande bardane qui vont servir de mulch. Les apports de compost se font sur les parcelles végétales qui sont coupées plusieurs fois par an et déposées sur les plate-bandes de culture pour leur apporter des matières organiques.

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Le jardin est aussi entouré par une haie de végétaux : des lauriers, des arbousiers, du basilic perpétuel… Et ce dans un but bien précis. « On laisse tout se développer pour constituer une haie qui va briser le vent, densifier l’éco-système et créer des niches pour réguler les populations de ravageurs dans le jardin. ».

Après avoir visité le jardin, nous pensions avoir terminé le tour du lieu. Mais pas du tout ! Benjamin et Aurélie nous font traverser une belle allée de noisetiers pour accéder à une autre partie du terrain.

Ce sont des anciennes pâtures qu’ils ont reboisées en y plantant plus de 400 arbres ! Quand les arbres auront grandi, ils pourront utiliser l’endroit à leur gré pour y faire pâturer des animaux, y installer des cultures ou simplement le rendre à la Nature.

À côté de cette parcelle, on découvre une magnifique forêt comestible. Benjamin nous explique que « c’est un jardin qui reproduit les strates forestières. On y a installé des variétés de végétaux et de fruitiers qui agissent comme des pièges à soleil et concentre son énergie pour la rediriger sur les plantes et les légumes perpétuels que l’on cultive sur les buttes. ». Cette technique réduit la maintenance et l’effort humain au minimum au profit de l’autonomie de la Nature.

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Pour finir notre balade, nous traversons une forêt de châtaigners au milieu de laquelle on tombe sur une superbe cabane en rondins. C’est là qu’Aurélie pratique la permaculture humaine à travers, entre autres, la médecine ayurvédique. Dès que l’on passe le pas de la porte, on est complètement apaisés par le calme lieu, l’odeur du bois et la lumière douce de la fin d’après-midi. Et voilà, la balade est terminé et il est déjà temps de repartir ! Mais pas sans quelques plants de basilic perpétuel, de roquette et de mélisse qu’Aurélie nous a mis de côté pour notre potager.

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Entrepreneurs régénérateurs, homme et femme de terrain et d’esprit, Benjamin et Aurélie savent allier les actions qui impactent aux mots qui ont du sens. De notre rencontre, nous retiendrons que faire les choses simplement, intelligemment et en harmonie avec son environnement – qu’il soit naturel, humain ou social – est la clé pour qu’elles soient bien faites et qu’elles se développent. Jusqu’à inspirer d’autres personnes qui portent en elles cette volonté de changement et d’action qui nous unit.

Marion et Jordan, pour Out of the Box

Out-of-the-box

<p>Paysans, scientifiques, entrepreneurs, citoyens… nous partons à la rencontre de celles et ceux qui oeuvrent pour développer une alimentation durable. Nous partageons nos rencontres en vidéos, en articles et en reportages photos.</p> <p>L’idée ? Communiquer sur ces initiatives qui font bouger les lignes et favoriser l’émergence d’idées et de modes de vie qui sortent du cadre.</p>

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