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REPORTAGE – LE BATTEMENT D’AILES

C’est par un dimanche de mars que nous nous rendons au Battement d’Ailes. Et les giboulées viennent avec nous ! Sur la route qui nous mène de Limoges à Cornil, en Corrèze, les gros grains font place aux lumineuses éclaircies et vice versa. Comme d’habitude on a de la chance car, à notre arrivée, le soleil est au rendez-vous !

On est venus un peu plus tôt parce qu’aujourd’hui, le restaurant du Battement d’Ailes est ouvert. En bons gourmands, on ne voulait surtout pas rater l’occasion de se régaler avec les légumes de leur jardin cuisinés par des membres du collectif.

Pendant que l’on salive devant le menu écrit à la craie sur une ardoise, Violaine, en charge de l’accueil immersion et de l’hébergement, vient à notre rencontre. C’est elle qu’on va interviewer aujourd’hui et c’est Papaye, qui s’occupe du jardin, qui va nous le faire visiter et nous le raconter.

Fred et David, qui sont en cuisine aujourd’hui, nous ont concocté des surprises délicieuses. Soufflé de poireaux et de blettes en entrée, dahl aux patates douces, lentilles, carottes et coriandre et moelleux à l’orange pour couronner le tout ! Et tout ça, bien sûr, avec les produits du potager !

UNE EXPÉRIENCE D’AUTO-GESTION QUI A FAIT SES PREUVES

Pendant que l’on se régale, on discute avec Papaye et Violaine des origines du collectif, de ses missions et de sa raison d’être. Il y a 10 ans, lors de sa création, l’objectif premier de l’association était de créer un lieu où l’écologie se pratiquerait sur le long terme et où ses acteurs pourraient concrétiser durablement des initiatives au coeur d’un espace rural.

Une décennie plus tard, le Battement d’Ailes est devenu un collectif autogéré qui mène chaque jour des actions en faveur de l’agro-écologie, l’économie solidaire et l’éducation populaire. Potager agro-écologique, restaurant, formations, hébergement, chantiers participatifs, concerts, conserverie… Le Battement d’Ailes est aussi créatif qu’efficace pour impacter positivement !

On découvre tout ça avec des yeux ébahis et l’envie d’en apprendre encore plus. Et du coup, comme on est curieux, on se demande… Pourquoi Le Battement d’Ailes ? Mais la question, c’est plutôt : est-ce que le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas ? C’est une question qui nous fait penser à la légende amérindienne du colibri :

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !

Et le colibri lui répondit : Je le sais, mais je fais ma part. »

Plus on discute, plus on est étonnés de voir ce collectif qui a plus d’une dizaine d’années fonctionner en auto-gestion complète. Violaine nous explique que l’équipe est composée de salariés, de volontaires en service civique et de bénévoles.

Et qu’une journée typique au Battement d’Ailes, c’est folklo ! On démarre avec le café à 9h avant que chacun débute ses activités : certains descendent au bureau, d’autres s’installent autour d’une table pour une réunion tandis que l’équipe jardin part désherber, semer, planter et récolter. Vers 11h, une personne se détache de son activité pour faire à manger à tout le monde. À 12h30 tout le monde vient à table. Une personne est en charge de la plonge et pour les autres c’est reparti pour les activités de l’après-midi : accompagnement des bénévoles, chantier participatif, restaurant… Et le soir, tout le monde rentre au bercail, que ce soit une maison dans un village alentour, une yourte ou une caravane installées sur le lieu.

UN LABYRINTHE D’ODEURS, DE COULEURS ET DE SAVEURS

Notre déjeuner terminé, on retrouve Papaye devant le bâtiment principal, construit il y a 5 ans en partie grâce à des subventions publiques mais aussi avec l’aide de plusieurs chantiers solidaires. Papaye, c’est donc le responsable du jardin qui s’étend sur tout le lieu à travers d’innombrables parcelles !

On débute notre tour par le coin hébergement où gîtes, yourtes, caravanes et aire de camping se côtoient librement. Le toit du gîte est végétalisé et la Nature y a bien repris ses droits ! Entre le coin à compost et le panneau solaire qui sert à chauffer l’eau du complexe, on découvre l’apaisant jardin des plantes médicinales et aromatiques.

Absinthe, sariette, serpolet, sauge, romarin… Il y en a des dizaines dont Papaye prend soin avec amour et minutie. Et tout autour, il y a des framboisiers qui ont déjà bonne mine ! Leurs fruits sont distribués aux bénévoles pour les remercier de leur travail.

Les mûriers sont, quant à eux, complètement sauvages. Ils sont libres de pousser à leur gré et leurs fruits viennent grandir les récoltes de la conserverie qui les transforment en confitures pour les petit-déjeuners, en coulis pour les desserts du restaurant et en sorbets pour se régaler l’été.

Un peu plus loin, on rentre dans la première des trois serres. Il y fait doux et chaud. On croise un jeune lézard vert entre les épinards. Papaye nous explique qu’un couple de lézards s’est installé dans chaque serre. C’est un merveilleux auxiliaire de jardin qui mange les insectes nuisibles. Il approche son doigt tout près du jeune qui ne moufte pas et se laisserait presque caresser.

Dans la première serre, on trouve du fenouil, de la coriandre, des épinards et des poireaux. Les cultures opèrent une rotation entre les trois serres ainsi que dans le jardin en bas du terrain.

Pour la fertilité, Papaye a créé un broyat très efficace : un mélange de fougère, de feuilles, de foin et d’herbe de la pampa. C’est un très bon paillage qui se transforme vite et en plus, les fougères éloignent les limaces et équilibrent le pH ! Nous qui plantons 20 salades pour en sacrifier 5 aux limaces, on est ravis de l’apprendre !

La deuxième serre est dédiée à la densification. Le but est d’associer des légumes qui se protègent les uns les autres afin de renforcer et densifier les cultures. Ainsi, la verticalité des petits pois va protéger les salades qui vont pousser au-dessus d’une ligne de carottes ou de navets. C’est aussi là que l’on retrouve les condiments et les aromatiques utilisés au restaurant : beaucoup plus pratique pour les cuisiniers qui n’ont qu’un seul endroit où se fournir !

On découvre aussi le concept de « la couche chaude » que Papaye nous explique à merveille. Il suffit de mélanger du fumier, de la paille et des feuilles et de déposer ses caisses de semis sur le mélange. La couche va chauffer les plants par en-dessous pour les maintenir à 20 degrés. Et au vu des semis, ils s’y sentent comme des coqs en pâte !

Au sortir de la deuxième serre, on tombe sur ce que Papaye appelle un andain. C’est un amas de matières semblable à une butte permacole qu’on aurait posée à même le sol. Il est composé de broyat, d’herbe, de feuilles mâchées, de fumier et de paillage et va servir de nid pour les courges qui vont y profiter de l’abri des deux serres environnantes. Et une fois que la couche chaude sous les semis sera compostée, on la mettra par-dessus l’andain ! Et oui, rien ne se perd et tout re-sert !

La troisième serre nous réserve une expérience surprenante. Papaye y fait des tests pour ses semis de carottes. Ils ont été semés au même moment, les uns avec des radis, les autres avec des navets. Et le résultat est là ! Les semis de carottes associés aux radis ont beaucoup mieux levé que ceux associés aux navets. Pour une levée rapide, Papaye sait maintenant quoi faire de source sûre !

Nous quittons la zone réservée aux serres pour nous rendre vers le jardin. Au passage, nous faisons un détour par « Le Petit Marché ». C’est une grange dans laquelle le Battement d’Ailes organise de temps à autre un marché où les gens du coin peuvent venir acheter les fruits et les légumes du potager. Il est situé à côté de l’atelier, du poulailler et de l’espace de stockage. Autant d’espaces conçus grâce à des chantiers solidaires.

UN POTAGER OÙ LA PERMACULTURE SE CONSTRUIT EN ARÈNES

Arrivés au jardin, nous découvrons avec surprise sa forme originale. Conçu en arènes pour une réverbération optimale, c’est un bonheur pour les yeux (et le nez !). Les cultures y tournent d’étage en étage chaque année pour éviter que le sol s’habitue à un légume en particulier.

Papaye laisse encore les choux monter en graines car les abeilles viennent les butiner. Un autre couple de lézards traverse la parcelle en courant pendant qu’il nous montre les fèves qui vont stimuler les salades et la mâche qui les entourent avec leur production d’azote.

Dans quelques jours, Papaye plantera en direct les premiers semis de panais et de carottes. Il nous dit qu’il n’y a plus besoin d’outils pour travailler la terre tant elle est vivante et nourrie. Et on veut bien le croire ! Nos pieds s’enfoncent dans le sol quand on marche autour des parcelles, comme celui de la forêt au début du printemps.

On a eu un soleil radieux jusque là et d’un coup, boum, le grain du siècle ! À peine entrons-nous dans la maison des semis qu’une averse éclate et fait crépiter le toit d’un son qui donne envie de se lover au coin du feu. Ça tombe bien ! Comme ça, Papaye peut nous montrer les semis de tomates, d’aubergines et de courgettes qui vont venir garnir le potager dans quelques temps.

On apprend aussi comment fonctionne les bacs de trempage, un système très pratique pour conserver ses semis humides. Il suffit de mettre ses mottes de semis dans une caisse percée au fond, de faire tremper la caisse à mi-hauteur pendant 2 ou 3 heures et de recommencer tous les jours ou tous les deux jours en fonction du vent, de la chaleur et de l’évaporation.

Dans une optique de récupération, le collectif a d’ailleurs cessé d’acheter des caisses de maraîchage vendues à 30euros l’unité. À la place, l’association récupère auprès d’un vendeur d’oranges des caisses similaires dont ils tapissent le fond de plastique pour éviter que les mottes de semis se défassent.

L’averse se calme et nous tentons de mettre le nez dehors pour nous diriger vers la dernière étape de notre expédition : l’enclos des moutons. Il se situe au bout d’un chemin en terre tout au fond du terrain. Papaye nous apprend que cette espèce de brebis a une particularité : elles font souvent des jumeaux. C’est donc pour ça qu’il y a tant de petits agneaux !

Avant de revenir vers notre point de départ, il nous raconte qu’elles se sauvent parfois, sinon, ce serait moins drôle ! L’an dernier, ils les ont toutes retrouvées dans les serres en train de pique-niquer tranquille.

Quand on lui demande si l’élevage fait partie de leurs envies de développement, Papaye nous dit qu’en fonction des années et des gens qui rejoignent le collectif, les compétences disponibles évoluent et les projets changent. Ils sont ouverts à tout, tant que les personnes qui arrivent sont passionnées par ce qu’elles font et motivées à impacter positivement leur environnement.

Avant notre départ, Violaine nous dit quelques mots sur leurs pistes et leurs envies pour les années à venir. Développer les stages et les formations, construire des cabanes pour améliorer l’hébergement, organiser pleins d’évènements sur le lieu, qu’ils soient estampillés Le Battement d’Ailes ou non… Et, surtout et avant tout, continuer à faire vivre chaque jour une organisation sociale riche, mutualiste et solidaire !

Bravo ! 

Marion & Jordan, pour Out of the Box

Out-of-the-box

<p>Paysans, scientifiques, entrepreneurs, citoyens… nous partons à la rencontre de celles et ceux qui oeuvrent pour développer une alimentation durable. Nous partageons nos rencontres en vidéos, en articles et en reportages photos.</p> <p>L’idée ? Communiquer sur ces initiatives qui font bouger les lignes et favoriser l’émergence d’idées et de modes de vie qui sortent du cadre.</p>

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