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MICRONUTRIS : UN ÉLEVAGE HORS DU COMMUN

Au mois de mai, nous sommes partis à la rencontre de Micronutris pour explorer un pan encore méconnu de l’alimentation durable : l’entomophagie, autrement dit la consommation d’insectes !

Quand on sait qu’élever des insectes demande 10 fois moins de surface au sol qu’élever de la viande et génère 10 à 100 fois moins de gaz à effet de serre, on imagine aisément l’impact positif que cela peut avoir pour le futur de notre système alimentaire !

Nous prenons donc la route de Toulouse pour nous rendre dans la bio-fabrique de Micronutris qui se trouve être le véritable pionnier du secteur étant le premier éleveur d’insectes comestibles en France.

Cédric Auriol, qui est à l’origine de l’entreprise, nous accueille et nous fait faire le tour du propriétaire. La bio-fabrique englobe toutes leurs activités : la ferme d’élevage, le laboratoire de transformation des insectes ainsi que leurs bureaux commerciaux. Il y a un même potager collaboratif entretenu par l’équipe !

UN NOUVEAU MÉTIER CRÉATEUR D’ALIMENTATION DURABLE

Entrepreneur depuis plus de 10 ans, Cédric a eu la volonté en 2011 de créer une activité répondant aux enjeux de développement durable tout en générant des emplois en France. Il croit fermement en ce qu’il appelle la performance globale : le fait qu’une entreprise ayant un impact social et environnement aura une meilleure portée économique.

Pendant sa recherche d’opportunités, il a découvert les insectes comestibles et a immédiatement pris conscience qu’un tel élevage pourrait contribuer au défi alimentaire et à l’alimentation durable.

Avec l’aide d’un ingénieur agronomique et d’un spécialiste des insectes, ils se sont alors attelés au lancement du projet dont la richesse permet de rassembler trois métiers distincts au sein d’une même équipe.

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Un métier agricole d’éleveur d’insectes, un métier de transformateur agro-alimentaire pour arriver au produit fini et un métier d’innovateur dont la mission est développer des produits innovants et adaptés au marché naissant pour les commercialiser.

L’équipe composée de plus d’une dizaine de personnes reflète cette richesse. Elle rassemble des scientifiques spécialistes de l’entomologie qui s’occupent de l’élevage et de la transformation ainsi que des personnes chargées de proposer des produits adaptés aux attentes de leurs clients.

À LA DÉCOUVERTE DE L’ÉLEVAGE D’INSECTES COMESTIBLES

Cédric nous emmène visiter le cœur du lieu : la ferme d’élevage. Mais avant d’entrer, il faut s’équiper ! On enfile donc nos chaussures de protection, une blouse de laborantin et une charlotte très seyante avant d’entrer dans le vif du sujet.

À la porte de la ferme, Cédric nous apprend une chose : les insectes ne sont pas nécessairement comestibles ! C’est pourquoi, tout d’abord, il ne faut pas s’essayer tout seul à manger les insectes de son jardin car cela peut s’avérer fatal. C’est aussi la raison pour laquelle, chez Micronutris, on n’élève que deux espèces d’insectes : des grillons et des larves de ténébrions, toutes deux fameuses pour leur apport nutritionnel.

La ferme est divisée en deux zones dédiées à chaque espèce : l’écloserie où les insectes vivent les premiers jours de leur vie et la pièce de croissance où ils vont arriver à mâturité.

Nous entrons dans la pièce de croissance des jeunes grillons. Il fait très chaud : 29 degrés et 60% d’humidité. Une vraie jungle ! Ce sont les conditions idéales pour que les grillons grandissent de manière optimale.

Cédric nous montre un bac de très jeunes grillons. Dans les premiers jours de leur vie, ils ressemblent à s’y méprendre à des fourmis. On les hydrate avec du coton imbibé d’eau sans quoi ils se noieraient.

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Mais, comment on les nourrit ? Avec une farine 100% végétale et issue de l’agriculture biologique qui tapisse le fond du bac. Elle est composée de blé, d’orge et de colza et a été développée par Micronutris pour le bon développement des insectes. Elle arrive déjà transformée à la ferme et provient des exploitations d’agriculteurs français.

On remarque que le bac est rempli d’alvéoles en carton dont on se sert habituellement pour ranger les oeufs. Cédric nous explique que cela permet de maximiser la surface au sol et, ainsi, de mettre plus d’insectes dans le même bac. Comme le grillon est une espèce dite territoriale, ils ont parfois besoin de s’isoler et les alvéoles leur permettent de trouver des recoins propices à leur bien-être.

Il y a tellement de grillons dans un seul bac, c’est impressionnant ! Cédric nous apprend qu’un seul bac contient 40 000 jeunes grillons, soit l’équivalent de 1000 steaks ! Dans cette pièce qui fait environ 20m2, il y a une dizaine de bacs donc potentiellement 10 000 steaks de viande !

Imaginez un peu la surface nécessaire pour produire 10 000 steaks de boeuf ou de porc ! Sans être mathématicien, on sait qu’on est loin des 20m2.

On entre dans la seconde pièce de croissance des grillons. C’est là qu’au bout de 6 semaines, ils arrivent à maturité et sont collectés. Ils ont donc besoin de plus d’espace pour grossir et chaque bac ne contient donc plus que 20 000 grillons, soit l’équivalent de 500 steaks.

Avant de nous faire découvrir les bacs de reproduction, Cédric nous parle des avantages du métier d’éleveur d’insectes : « C’est certes un métier agricole, mais on peut organiser le travail comme des horaires de bureau. Du lundi au vendredi, de 9h à 18h avec des logiques d’astreinte le week-end. Mais jamais un jour férié à 3h du matin ! ».

En plus d’être bien plus avantageux que la viande en termes de surface au sol, il est aussi beaucoup plus adapté à une agriculture urbaine et à un mode de vie contemporain !

Il est temps d’aller faire un tour vers les bacs de reproduction ! Quand les grillons arrivent à maturité, ils sont soit prélevés pour être transformés soit transférés dans ces bacs pour se reproduire. Un coin du bac est tapissé de tourbe pour que les femelles y déposent leurs oeufs à l’aide de l’appendice noir qui constitue leur signe distinctif. Et une seule femelle pond entre 500 et 1000 oeufs à elle-seule !

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UNE EXPLOITATION EN FORME DE CERCLE VERTUEUX

Au sortir de la pièce, on remarque des drôles de tas de poussière. Il s’agit en fait des déjections des grillons et larves de ténébrions ! C’est une matière qui comporte de très bonnes propriétés fertilisantes. Et les insectes en produisent 2 tonnes par mois !

Étant donné que Micronutris a mis en place un plan Zéro Déchet au sein de l’entreprise, les déjections sont revalorisées comme fertilisant auprès d’horticulteurs qui peuvent l’utiliser en agriculture biologique.

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Dans le cadre de ce plan, Cédric nous explique aussi que les alvéoles d’oeufs utilisées pour les grillons sont compostées et alimentent leur potager collaboratif. Les légumes qui parsèment les bacs de ténébrions sont aussi récupérés auprès d’hypermarchés qui sont prêts à les jeter. Rien ne se perd, tout ressert !

On quitte les grillons pour découvrir les ténébrions ! Le cycle de vie de cet insecte se divise en quatre stades : l’oeuf, la larve, la nymphe (une sorte de chrysalide) et l’adulte (qui ressemble à un petit scarabée).

Tous les stades sont présents au sein de l’élevage pour la reproduction mais un seul est utilisé pour la transformation : la larve, qui stocke de l’énergie pour se transformer en nymphe et qui est donc très riche en protéines, phosphore, magnésium et acides gras aminés.

Dans les bacs de reproduction, les femelles pondent comme les grillons, chacune entre 500 et 1000 oeufs. L’élevage est ici vertical : les bacs d’1m2 sont étagés sur 11 niveaux. Cédric nous explique que le taux de conversion est excellent : pour 10 kilos de nourriture donnés aux insectes, on obtient 7 kilos de ténébrions contre 1 kilo de boeuf seulement !

L’enjeu est énorme : cela signifie 7 fois moins de surface de culture pour les céréales, moins d’eau et de pétrole pour le transport qu’un élevage de viande conventionnel !

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Nous nous dirigeons ensuite vers la pièce de croissance des ténébrions où l’équipe de Micronutris a fait des découvertes très intéressantes ces dernières années. Ils se sont rendus compte que, suivant le nombre de bacs et la densité des insectes qu’ils contenaient, la respiration et la friction générées par les larves créaient de la chaleur. Grâce au travail d’un énergéticien, cet air chaud va bientôt être valorisé sur l’élevage des grillons afin d’obtenir un coût énergétique neutre.

Si on fait le compte, l’élevage d’insectes a donc de nombreux avantages : beaucoup moins de surface au sol nécessaire pour élever les insectes, produire leur nourriture, moins de pétrole pour acheminer la nourriture, moins d’eau pour les hydrater, une possibilité de valoriser leurs déjections et d’obtenir un coût énergétique neutre en les produisant ! Un vrai cercle vertueux dont pourrait grandement bénéficier notre système alimentaire.

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QUEL PUBLIC POUR AUJOURD’HUI ? QUELS DÉFIS POUR DEMAIN ?

1La visite de la ferme est terminée ! Nous ôtons notre équipement et allons nous installer dans l’entrée où est présentée toute la gamme de produits Micronutris pour que Cédric nous explique en quoi elle consiste.

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D’abord, il y a Microdélices. C’est une gamme dédiée aux épiceries fines et aux magasins bio constituée d’insectes entiers, aromatisés ou nature, pour l’apéritif ou la cuisine, ainsi que de chocolats, de biscuits et de pâtes aux insectes. Ces produits, Micronutris les fournit à ces clients professionnels : bars, restaurants, traiteurs et même depuis peu bouchers et parapharmaciens !

La seconde gamme est dédiée au sport : Get Sharp est composée de barres énergétiques à base d’insectes pour lesquelles Micronutris a travaillé plusieurs profils nutritionnels afin d’optimiser les différentes phases d’activité : avant, pendant et après l’effort.

Mais Micronutris ne compte pas s’arrêter là ! L’équipe a conscience du frein qui peut être lié à la consommation d’insectes. C’est pourquoi ils mènent d’ores et déjà des actions pédagogiques de sensibilisation aux intérêts de la consommation d’insectes auprès des enfants dans les écoles et des plus grands dans des salons et des conférences.

Quand on sait qu’il y a déjà plus de 2 milliards de consommateurs d’insectes dans le monde, on se dit qu’il est temps pour nous, français et européens, de nous y mettre !

Les 5 années à venir sont d’ailleurs un véritable enjeu pour Micronutris : au niveau européen, le marché des insectes comestibles va passer d’anecdotique à un marché de niche. En tant que pionnier du secteur, leur défi est d’améliorer leurs techniques d’élevage pour diminuer le prix de revient des insectes au kilo afin d’en faire un produit grand public qui prendrait alors tout son sens vis-à-vis de la consommation de produits carnés traditionnels.

Avant de reprendre la route de Limoges, nous allons faire un tour avec Cédric du côté du potager collaboratif situé devant la bio-fabrique. Il se compose de plusieurs bacs en carrés que l’équipe de Micronutris entretient et alimente grâce au guano super-fertilisant des insectes de la ferme !

Chaque bac est géré par trois personnes et chacun y plante ce qui lui fait envie. Un peu de menthe pour des infusions, du basilic pour agrémenter les salades au déjeuner et même quelques tomates déjà bien en avance grâce au clément climat toulousain ! Une action de plus qui illustre l’idée de Micronutris : créer de l’alimentation durable en ayant l’impact le plus positif possible sur son environnement.

Marion et Jordan, pour Out of the Box

 

Out-of-the-box

<p>Paysans, scientifiques, entrepreneurs, citoyens… nous partons à la rencontre de celles et ceux qui oeuvrent pour développer une alimentation durable. Nous partageons nos rencontres en vidéos, en articles et en reportages photos.</p> <p>L’idée ? Communiquer sur ces initiatives qui font bouger les lignes et favoriser l’émergence d’idées et de modes de vie qui sortent du cadre.</p>

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