Cette semaine dans 52 nuances de vert, on pousse une gueulante. Hé oui, on est là pour mettre en lumière les initiatives positives qui donnent envie d’agir en faveur de l’alimentation durable. Mais on est aussi là pour souligner les démarches négatives et demander à leurs porteurs d’arrêter de nous prendre pour des lapins de trois semaines.

Qui en a donc fait une belle ? Forges & Jardins, vendeur d’outils de jardinage forgés et fabriqués en France (ce qui, en passant, est une très bonne démarche).

C’est quoi le hic ?

Cette entreprise a eu la riche idée de concevoir une gamme d’outils de jardin exclusivement dédiée aux femmes. Bien sûr, cette gamme s’appelle « Natur’elle ». Pourquoi s’échiner à trouver un nom qui a du sens quand on peut en pondre un catchy qui va plaire à toutes les nanas en trois secondes ?

Une semaine après la Journée Internationale des Droits de la Femme, on s’est dit que c’était aussi important que rigolo de lever ce lièvre.

Pourquoi c’est problématique ?

Pour TELLEMENT de raisons.

D’abord, parce que la gamme est décrite mot pour mot telle que ci-dessous sur leur site, formulation qui a le mérite d’additionner absurdité et bêtise : « outils esthétiques à l’ergonomie adaptée » et « conçus pour les femmes et adaptés à leurs morphologies ». Umh, adaptés à ma morphologie ? On parle pas de pisser debout contre le vent, là. Je suis une femme et je travaille au potager avec mon mec. Messieurs de Forges & Jardins – parce que j’ose espérer qu’il n’y a pas de femme assez inconsciente dans votre équipe pour vous laisser publier des idioties pareilles – je vous annonce que j’ai deux pouces opposables et un cerveau, comme mon amoureux. Et comme lui, je peux me servir d’une bêche et d’un râteau sans avoir besoin d’appeler SOS Potager. L’autre jour, j’ai même scié une planche comme une grande (MON DIEU, UNE PLANCHE ?!). Si vous viviez en 2017, vous seriez étonnés de voir tout ce que les mains d’une femme peuvent faire.

En plus, vous vous moquez de nous. J’ai bien regardé tous vos articles et ils ressemblent trait pour trait aux articles « unisexe » que l’on peut trouver dans n’importe quel magasin de jardinage. À la seule différence que votre arrosoir 7,4l coûte 41,20€. Les prix exorbitants c’est parce que les nanas sont des paniers percés par essence ou juste pour rigoler ?

Continuons. Des outils « esthétiques » ? Comment vous dire. Quand je suis au potager, j’ai des bottes rouges maculées de boue séchée, un vieux jean bien solide et ma doudoune Quechua bleue électrique. On est loin de Marylin Monroe et sa jupe qui vole au vent. Et tant mieux, parce que j’y vais pour biner, désherber, planter, soigner et récolter. Pas pour faire la belle sur un podium recouvert de fleurs. En plus, et je me répète hein, mais vos outils sont quasiment identiques à ceux de n’importe quel Leroy Merlin. Alors où est l’esthétique, à part dans votre discours marketing ?

Ah mais si… Suis-je bête. C’est parce que vos outils sont tous violets avec des fleurs. Elle est LÀ l’esthétique féminine ! Au risque de vous décevoir, le violet c’est la couleur que je déteste le plus au monde et des fleurs, j’en ai plein dans mon jardin, elles sentent bons et elles sont si réelles que j’ai pas besoin d’en avoir imprimées sur ma pelle pour être comblée.

BOUM! – Crédits : Women Who Farm

En quoi ça va à l’encontre de l’alimentation durable ?

Les personnes mal intentionnées essaient de nous faire croire que les hommes et les femmes ont peu de points communs mais je peux vous en citer quelques-uns. On respire, on dort, on boit, on chie, on pisse et on MANGE.

L’alimentation, un des besoins primaires de l’humanité s’il en est, c’est un terrain sur lequel les hommes et les femmes sont égaux. Et encore, faut préciser qu’on parle des hommes et des femmes dans les pays occidentaux parce que les Hommes avec un grand H aux quatre coins de la planète sont loin d’être tous égaux quand il s’agit d’avoir accès à une alimentation suffisante, bien que ce point fasse partie de la Déclaration des Droits de l’Homme !

Une alimentation durable, c’est une alimentation solidaire où les hommes et les femmes s’aident et travaillent ensemble en tant qu’êtres humains. Et pas en tant que grosse brute qui aime l’imprimé treillis et petite chose qui adore les motifs papillons.

Alors laissez l’ergonomie des serfouettes tranquille et travaillons main dans la main à rendre l’alimentation meilleure, entre êtres humains.

Marion, pour Out of the Box